mardi 19 mai 2009

Visite Surprise


Visite surprise
La nuit était glaciale et la pluie ne cessait de tomber sur mon toit vétuste. J’entendais au loin des bruits d’animaux nocturnes qui tentaient d’échapper à cette puissante averse. Elle nageait dans mes gouttières, rampait sur mes carreaux, et essayait de se faufiler en moi par ma cheminée toute disloquée. Je vis alors deux jeunes gens sortir des buissons et accourir à ma porte. Ils l'ouvrèrent précipitamment, s'’y engouffrèrent, et la refermèrent avec fracas. Je jetai un œil sur les êtres qui avaient osés s’inviter sans mon autorisation et je vis un jeune couple trempé jusqu’aux os, grelottant de froid. Ils commencèrent à enlever leurs vêtements un par un puis se blottirent l’un contre l’autre, tentant de se réchauffer mutuellement. J’assistai à ce spectacle touchant et émouvant de ces deux tourtereaux si jeunes, si inconscients mais tellement amoureux qu’ils auraient bravés pluie diluvienne pour être ensemble. Je les voyais s’embrassés avec fougue, comme si ce fut la dernière nuit qu’ils passeraient côte à côte. Lui avec son corps à moitié inachevé, elle avec ses formes de petite danseuse de cabaret; ils se sont unis cette nuit là pour la première fois. Leur corps ne faisant plus qu’un sur mon plancher froid et grinçant. La pluie avait cessé, les amants aussi. A l’aube, je me retrouvai de nouveau seule.

Un Moment, Ou Deux.


Virevoltant sur mes jambes de bière, les métros m'attrapaient et me déposaient à leur grès, essayant tant bien que mal d'accélérer le temps. Un accordéoniste accompagna le dernier, créant le contrepoint parfait avec le ciel gris des fenêtres. Face à cela, j'étais le plus naïf des enfants.

Je fus jeté pendant le refrain, sur un quai vide qui semblait en soupirer. On aurait dit qu'un automne s'y était abandonné depuis de nombreuse années. Le métro la laissa apparaître quelques instants après. Si nos deux sourires se lancèrent par dessus les rails, mes jambes, elles, me poussèrent maladroitement dans l'escalier, comme pour me presser.
Je l'attendu dans le hall, vainement pas très longtemps. Elle devait clapoter sur le quai. Je pris alors un autre escalier, et secoua la tête comme ci et comme ça. Elle était là.

La fesse gauche aguicheuse, portée par une petite culotte blanche fringante, elle se brossait calmement. Rien ne pouvais perturber cet instant là ou son dos, nu, m'érotisait complètement. Je me suis redressé sur le coussin, pour mieux voir. J'avais l'air de quoi, dans mon caleçon rosâtre?

Pour aller chez elle, il fallait passer par une grande allée bordée de plantes: on se serait cru au Japon tant le calme et la beauté glaciale du lieu s'harmonisaient pianissimo. On marchait ainsi côte à côte, dans l'amour monstre d'une ville de banlieue déserte. Avant de rejoindre sa demeure, on s'arrêta sur les bords d'une rivière, nos culs sur un blanc de banc. Alors qu'on parlait n'importe comment, j'essayais de lutter contre le déhanché de l'eau qui me faisait tanguer. Je n'avais rien à fumer ce matin, et ma mèche s'essayait du mieux qu'elle le pouvait à me donner un air présentable. Au loin, dans le silence absolue du coin, on pouvait apercevoir un ou deux cyclistes que j'aurai bien poussé à l'eau. Elle, douce, me regardait.